L’IA et la plasturgie : les leçons de Philippe Dessertine au FIP 2026

2 juillet 2026

Le 3 juin dernier, le salon FIP – France Innovation Plasturgie accueillait Philippe Dessertine, économiste et professeur à la Sorbonne, pour une conférence plénière sur l’intelligence artificielle et ses impacts sur la filière plasturgie. Un discours percutant, à la croisée de la géopolitique, de l’économie et de l’industrie, dont voici les enseignements majeurs.


 

Une révolution de puissance, pas un gadget

Philippe Dessertine a ouvert sa conférence par un chiffre vertigineux : NVIDIA, fabricant de puces au cœur de l’IA, affiche aujourd’hui une capitalisation de 5 300 milliards de dollars — contre 10 milliards il y a dix ans. Soit une progression de 53 000 %. Dans le même temps, environ 1 000 milliards de dollars sont investis cette année dans les IA génératives, dont 800 milliards aux seuls États-Unis. L’Europe ? Quasi absente de cette course.

 

« Data is the new oil » — et nous n’avons pas de puits

Le message central de Dessertine tient en une question : où sont nos données, et qui les capte ? La valeur de demain réside dans la data. Or, ni en France ni en Allemagne, la réflexion sur le stockage, la sécurisation et la propriété des données industrielles n’est véritablement engagée. « Si on ne se pose pas ces questions, on est non seulement gentils de donner nos data, mais on est aussi bêtes car on ne sait pas à qui on les donne », a-t-il lancé à l’audience.

La question de la sécurité numérique est devenue incontournable. Deep Seek, le modèle chinois présenté comme « open source », en est un bon exemple : « open » dans l’accès, certes, mais « open » aussi dans les risques que cela implique pour la maîtrise de nos données. Anthropic, fondée par Daniela et Dario Amodei ayant quitté OpenAI, s’est précisément positionnée sur la sécurité de l’IA : un sujet que la plasturgie européenne ne peut plus ignorer.

 

Que faire quand on est plasturgiste ?

Dessertine a circulé dans le salon avant sa conférence. Constat : les entreprises « disent qu’elles sont dans l’IA mais ne le sont pas ». Pourtant, les applications concrètes ne manquent pas :

  • Conformité environnementale : utiliser l’IA pour mieux respecter les normes et réduire les coûts.
  • Maintenance prédictive : anticiper les pannes et les difficultés clients.
  • Capitalisation de l’expertise : un régleur possède un savoir-faire irremplaçable. L’IA permet de le capturer et de le transmettre — un enjeu critique dans un secteur confronté au départ en retraite de ses experts.
  • Formation accélérée : l’IA ne détruit pas les emplois, mais impose une montée en compétences rapide.

« L’IA ne remplace pas les presses à injecter, mais modifie la façon de les utiliser », résume-t-il.

 

Collaborer ou disparaître

Le conférencier a conclu sur un appel à l’action collective. Les petites entreprises innovent mieux que les grandes — mais seules, elles se font écraser. L’avenir de la plasturgie européenne passe par des PME reliées en réseau, capables de partager et de co-innover. Sur le financement, Dessertine avance une conviction forte : plutôt que de compter sur les subventions publiques ou les banques, il invite les industriels à se tourner vers les family offices régionaux, en quête de placements à impact.

Un message qui résonne, en tout cas, avec la mission même de la SFIP : rassembler les acteurs de la filière, partager les connaissances, et faire ensemble ce qu’aucun ne peut faire seul.

 

Et la SFIP dans tout cela ?

Ce discours conforte une conviction qui monte au sein de la SFIP : l’IA appliquée à la plasturgie est un enjeu structurant pour notre filière, et notre société savante a un rôle à jouer, en rapprochant chercheurs, industriels et écoles d’ingénieurs autour de ce sujet. La SFIP réfléchit activement à intégrer plus nettement cet enjeu dans son offre à ses adhérents : événements dédiés, échanges avec les écoles partenaires, partage de bonnes pratiques. Nous vous en dirons plus dans les prochains mois.

 

Nathalie Pécoul
Vice-Présidente SFIP